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Du corps-performance au corps-ressource 

  • Photo du rédacteur: Emilie Ouillon
    Emilie Ouillon
  • 10 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 févr.

Ostéopathie et Schèmes moteurs : une synergie pour s’écouter, ressentir et bouger autrement.



L'ostéopathie et le travail des schèmes moteurs forment une synergie où chaque approche nourrit et potentialise l'autre, dans un processus de transformation profonde du rapport au corps et au mouvement. Au cœur de cette alliance se trouve une dimension essentielle : la réappropriation sensible de son corps par le toucher et l'attention consciente.

 

 

L'ostéopathie, bien plus qu'une libération biomécanique

 

L'ostéopathie, par l'ajustement articulaire, musculaire, fascial et viscéral, permet la libération des tensions et blocages installés au fil du temps, au fil des sollicitations parfois exigeantes appliquées à notre corps lors de nos actions quotidiennes. Ces tensions restreignent petit à petit les libertés de mouvement de notre corps, et vont jusqu’à parasiter les sensations perçues dans notre corps.

 

Mais l'ostéopathie ne peut se réduire à cette dimension uniquement mécanique.

 

L'apport du toucher thérapeutique va bien au-delà : il constitue un véritable dialogue avec le système nerveux. Par sa qualité de présence, sa précision et son intention, le toucher de l'ostéopathe apaise et sécurise le système nerveux. Cette action profonde favorise la sortie de l'état de figement, de blocage, d'hypervigilance dans lequel tant de personnes vivent aujourd'hui, souvent sans avoir conscience qu’il pourrait en être autrement.

Lorsque le système nerveux perçoit qu'il est en sécurité, qu'il peut « lâcher prise », le corps s'autorise à sortir de ces schémas restrictifs et s'ouvre véritablement à de nouvelles possibilités. Ce n'est plus seulement un tissu qui se détend, c'est tout un système qui s'ouvre au mouvement.

 

Madame F, fibromyalgique depuis de nombreuses années, était enfermée dans un corps douloureux qui l’isolait, ne lui permettant plus de suivre ses proches dans leurs activités. Une seule séance, centrée sur la sécurisation du système nerveux via le toucher, lui a permis de s’apaiser et de revenir habiter ce corps trop souvent malmené. En sortant de l'hypervigilance et de la sur-tension corporelle qui l'entravaient au quotidien, elle a pu à nouveau s'ouvrir au mouvement, rendu possible par cet apaisement profond.

Et des « Madame F », il y en a tant. Des personnes à qui on dit « détends-toi », « relâche-toi », parfois même avec bienveillance « tu devrais te reposer ». Sans comprendre que la volonté seule ne suffit pas. Sans comprendre que leur système nerveux, figé dans l'hypervigilance, ne répond plus à la volonté, et les enferme dans des réactions de tension, corporelles comme psychiques, dont elles ne peuvent se défaire seules.

 

 

Le toucher comme pont vers l'auto-empathie

 

Ce contact tactile bienveillant éveille également à l'écoute de son corps, à l’écoute de soi.

Dans notre rapport quotidien au corps, nous avons souvent appris à ignorer ses signaux, à le « pousser » malgré la fatigue, minimisant la douleur ou ignorant l'inconfort.

Le toucher thérapeutique invite à un changement de paradigme fondamental. En recevant un contact bienveillant, attentif, respectueux des limites et des rythmes propres du corps, quelque chose se transforme dans la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Nous commençons à sortir de la relation au corps-performance, où le corps n'est qu'un outil à dompter, à optimiser, pour accéder à une relation au corps-plaisir : le plaisir profond de bouger librement, de se reconnecter à nos sensations internes, de retrouver une fluidité naturelle dans le geste.

Cette écoute empathique, c'est la capacité souvent oubliée à reconnaître et à respecter ce que notre corps exprime, à apprendre à dialoguer avec lui plutôt que de lui imposer nos exigences.

 

 

Les schèmes moteurs, pour ancrer des mouvements naturellement fluides

 

Le travail des schèmes moteurs s'inscrit dans une approche complémentaire qui prolonge et approfondit cette dimension d'écoute et de conscience corporelle.

Les schèmes moteurs, engrammés grâce aux réflexes primordiaux, constituent des programmes moteurs qui, lorsqu’ils sont bien intégrés, servent de base à notre système nerveux pour produire des mouvements physiologiques, naturellement fluides et efficients. Ces mouvements harmonieux engagent les muscles de manière coordonnée, dans une contraction juste et équilibrée, avec un effort minimum.

Le résultat est tangible : moins de tensions musculaires parasites ou compensatrices, moins de contraintes articulaires répétées, moins de fatigabilité au mouvement.

 

Il m’est fréquent de recevoir en séance des coureurs présentant des douleurs lors de leur pratique sportive. En réancrant simplement dans leur système nerveux les capacités d’ajustement automatique du pied au contact du sol, la coordination musculaire permettant l’effet de rebond lors de la course, ou encore la torsion naturelle de la colonne vertébrale, la foulée gagne en fluidité. Les contraintes musculaires et articulaires diminuent, tout comme les douleurs. Le mouvement redevient efficient : sans tensions parasites, moins coûteux en énergie, moins sollicitant pour l’organisme. L’effort sportif redevient un plaisir.

 

Libéré des contraintes liées à l'encodage du mouvement, le système nerveux peut alors porter son attention sur les fonctions cognitives, émotionnelles et relationnelles. Car le mouvement est au coeur de toutes nos compétences : relationnelles, dans la juste proximité à l’autre, dans le langage corporel et l’expressivité du visage ; dans la régulation émotionnelle, via la respiration et la stabilité posturale ; jusque dans nos processus cognitifs, libérant l’attention nécessaire à la concentration, orientant nos organes sensoriels capteurs des informations à traiter. L'encodage de ces programmes moteurs implique ainsi l'entièreté de notre être, bien au-delà du seul système moteur.

 

Mais au-delà de l'efficience mécanique du mouvement, c'est toute une relation consciente au geste qui se développe. Plus qu'une simple rééducation du mouvement, c'est une éducation à l'auto-observation.

 

 

L’auto-observation, une présence attentive, curieuse et bienveillante

 

L'auto-observation n'est pas un contrôle rigide ni une charge supplémentaire à s'imposer, mais simplement une présence attentive, curieuse et bienveillante à ce qui se passe en nous. En posant notre attention à l’intérieur de notre corps, nous prenons conscience des sensations qui émergent, des micro-ajustements que le corps opère naturellement, de la qualité de la respiration qui accompagne le geste, des zones de tension ou au contraire de fluidité, des émotions et pensées qui nous traversent. S’observer, c'est apprendre à sentir « de l'intérieur » quand un mouvement est juste ou quand il force, quand il nourrit le corps ou quand il l'épuise.

Cette intelligence corporelle, cultivée patiemment, devient un guide précieux au quotidien, permettant de reconnaître précocement les signaux de fatigue ou de tension, d'ajuster naturellement ses postures et ses gestes, de respecter ses limites tout en explorant progressivement de nouvelles possibilités.

 

Il s’agit de qualités précieuses, à développer ou renforcer particulièrement lorsque l’on souffre de douleurs chroniques. Le corps douloureux se coupe peu à peu des ressentis, pour ne laisser place qu’à une sensation binaire de douleur ou « non-douleur », perdant l’accès aux manifestations corporelles de fatigue, de tensions, d’inconforts, de besoins fondamentaux que sont le repos, la faim ou la soif. Renouer avec son vécu intérieur, c’est déjà un premier pas vers la gestion de la douleur chronique : ressentir les signaux de son corps pour pouvoir ensuite y répondre.

 

 

La synergie en action : un cercle vertueux de présence à soi

 

C'est dans l'articulation de ces deux approches que réside toute la richesse de cette synergie. Le corps libéré et apaisé par l'ostéopathie devient véritablement disponible pour intégrer de nouvelles possibilités motrices, ancrées durablement par l'intégration des réflexes primordiaux. Et ces mouvements plus harmonieux, une fois les schèmes moteurs intégrés, réduisent les tensions corporelles et les blocages articulaires, nous permettant de maintenir cet apaisement et cette disponibilité.


A travers l’écoute et l’observation de soi, le corps s'ouvre à une nouvelle relation au mouvement et au monde, plus consciente et bienveillante. Le corps n’est plus seulement objet de performance, mais devient une véritable ressource, une boussole intérieure nous permettant de nous appuyer sur nos ressentis pour trouver le juste mouvement, la juste sensation, et retrouver le plaisir profond de ressentir et de bouger librement.

 

 
 
 

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